Pour meubler leur solitude et tromper le silence, les mécréants achètent des voitures à crédit ou téléchargent des chansons, picolent dès le déjeuner, prennent des excitants le matin et des somnifères le soir (parfois l'inverse), font défiler des prénoms sur leur portables, disent je t'aime successivement sur plusieurs boîtes vocales, s'abonnent à toutes les chaînes pour adultes, remplissent leur agenda de rendez-vous qu'ils annulent à la dernière minutes par crainte de ne pas arriver à parler en public sans fondre en larmes, marchent dans les rues en lisant des sms sans regarder autour d'eux (donc se retrouvent avec de la crotte de labrador sous la semelle droite), se masturbent en lisant Playboy ou In Style, glapissent de joie quand le capitaine de l'équipe de football fout un coup de boule à un joueur adverse, traversent des centres commerciaux souterrains qui ressemblent à des parcs à thème en enjambant les clochards allongés sur le sol, se battent pour avoir la console de jeux Nintendo Wii avant leur voisin, appellent SOS Médecins à l'aube pour entendre une voix humaine, s'offrent le coffret de la deuxième saison de Six Feet Under en DVD qui restera sous Cellophane parce qu'ils préfèrent se toucher devant les bandes dessinées sadomasochistes et, le reste du temps, courent en sens inverse sur un tapis roulant pour oublier que la couche d'ozone s'amenuise d'heure en heure. L'industrie du confort prévoit une quantité effrayante de distractions pour occuper notre esprit. Mais n'est-ce pas plutôt pour nous empêcher de nous en servir ? Ce n'est pas une nouveauté, le phénomène s'est accéléré. L'homme n'a plus qu'une idée : se changer les idées.
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